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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 11:54

Il y a peu de temps, mon amie L'Irrégulière lançait un petit article qui m'a beaucoup plu. A la manière du "Je me souviens..." de Pérec... Sans en faire un TAG, elle invitait ceux qui le désiraient à se prêter à l'exercice... C'est aujourd'hui chose faite pour moi.

 

http://carrez.christophe.pagesperso-orange.fr/perec.jpg

 

Ce que Perec disait de cet exercice de mémoire, de ces je me souviens qui sont :

« des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. »

 

Je me souviens …


Je me souviens des moments de complicité partagés avec ma soeur.

Je me souviens d'un séjour familial dans une petite station de ski à La Pesse.

Je me souviens de mes inoubliables étés charentais et wimereusiens.

Je me souviens de tout ce qu'elle a fait, fait ou fera pour moi.

Je me souviens d’un soir de Noël où je n’avais demandé que des livres en cadeaux et de mon excitation en ouvrant les paquets… (Première malédiction PALesque…)

Je me souviens d’instants précieux avec Kco, Grégoire et Marie…

Je me souviens de ma première véritable rencontre avec la littérature.

Je me souviens de celle qui a provoqué cette admiration pour les grands classiques…

Je me souviens des 18 comme de journées toujours très particulières…

Je me souviens de mon dix-septième anniversaire.

Je me souviens de la pluie qui tombait sur ces quatre planches de bois.

Je me souviens de mon premier appartement.

Je me souviens de cette fierté et de cette satisfaction après avoir enfin lu et découvert Madame Bovary, Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme, Les Poésies de Rimbaud. (Et de cette phrase qui m'est venue à l'esprit à chaque fois : "maintenant je SAIS ".)

Je me souviens d’une belle rencontre dans la bibliothèque de section dans laquelle je travaillais à la fac, un jour de grève.

Je me souviens de l’attente interminable ce jour de juillet pour découvrir enfin mon nom sur l’écran des admises.

Je me souviens de ce vendredi de septembre, d’une porte qui se ferme avec vingt huit visages qui n’écoutent que moi. Et de cette certitude d’être là où j’avais toujours eu envie d’être.

Je me souviens de la bienveillance de son dernier regard.

Je me souviens de F. et  de T.

Je me souviens de mon séjour en Italie.

Je me souviens d’un certain déjeuner et d’une décision qui aurait pu changer ma vie.

Je me souviens de notre première soirée chez nous.

Je me souviens de ...

Je me souviens de cette indescriptible soirée d’été à Evora.

Je me souviens de nos lectures.

Je me souviens du Lac des cygnes et de toutes les émotions associées à cette soirée.

Je me souviens de cet air de musique qui m’obsède.

Je me souviens de ces rencontres qui vous changent. ( C. F. S. C. M. V. D. G. C. J. M. ... )

 

Je me souviens de " ces impalpables petites nostalgies..."

Et vous ?

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 07:00


http://img.over-blog.com/240x180/2/72/86/97/Divers/CHALLENGES/LOGO-Les-citations-du-jeudi.jpg

 

Quatrième rendez-vous des citations du jeudi pour mon blog...

Aujourd'hui, un extrait d'un des livres que je suis en train de lire.

La Vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre

"Elle ne répondra plus. Ce qui ajoute à sa sidération, c'est l'idée que ce nom de Nora, avec le visage et le corps qui l'enveloppe, va se fixer dans un endroit bien précis des cellules de sa mémoire et qu'il s'oubliera sans doute lui même avant de pouvoir l'oublier. Tout ce qu'on peut attendre, il l'aura attendu, tout ce qu'on peut perdre, il l'aura perdu."

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 08:20

http://www.babelio.com/users/AVT_Charles-Baudelaire_2190.jpeg

 

C'est donc avec Baudelaire que nous passerons une fois de plus ce dimanche poétique... Après l'ivresse , l'amour et la mort des amants voilà un autre poème qui n'est pas sans lien avec les précédents...

 

 

Le Poison

 

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D’un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d’un portique fabuleux
Dans l’or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L’opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l’illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l’âme au delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort ! 

Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal".
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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:00


http://img.over-blog.com/240x180/2/72/86/97/Divers/CHALLENGES/LOGO-Les-citations-du-jeudi.jpg

 

Troisième rendez-vous des citations du jeudi pour mon blog...


Extrait de Bille en tête d'Alexandre Jardin

 

" Notre existence sonnait juste, au diapason de nos désirs. Nous ferions de beaux vieux. Jamais nous ne serions comme ces vieillards aigris d'être restés au bord de tout. Nous deux, l'âge nous bonifierait, comme les grands vins ou les opéras de Mozart. " 

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 07:20

Suite aux commentaires sur l'article  Et si je me lançais ?   publié hier dans lequel j'évoquais une balade littéraire à travers l'oeuvre de Zola, j'ai préparé un petit planning de lecture pour ceux et celles qui ont eu envie de se lancer comme moi. Le projet est ambitieux, certes, mais ce sera non sans une certaines fierté que nous refermerons le dernier volet de cette grande fresque familiale d'ici quelques temps... Stephie proposait le rythme d'un livre par mois, ce qui me semble largement réalisable. Son enthousiasme  m'a même convaincue de relire La Fortune des Rougon...

 

Déroulement des lectures...

 

Janvier 2011 : La Fortune des Rougon

Février : La Curée

Mars : Le Ventre de Paris

Avril : La Conquête de Plassans

Mai : La Faute de l’abbé Mouret

Juin : Son Excellence Eugène Rougon

Juillet : L’Assommoir 

Août : Une page d’amour

Septembre: Nana

Octobre: Pot-Bouille

Novembre: Au Bonheur des Dames

Décembre : La Joie de vivre

Janvier 2012 : Germinal

FévrierL'Œuvre

MarsLa Terre 

Avril : Le Rêve 

Mai : La Bête humaine  

Juin : L’Argent  

Juillet : La Débâcle

Août 2012 : Le Docteur Pascal

 

Bon, attention, ce planning prévisionnel n'est là qu'à titre indicatif... Libre à vous de suivre votre rythme...(le plaisir de lecture avant toute chose...) En ce qui me concerne, je pense que les périodes de vacances scolaires me permettront d'avancer plus vite et de finir avant Août 2012... Je vous demande juste de me signaler vos publications pour que je puisse ajouter des liens vers vos articles... Si vous ne souhaitez participer que pour certains titres,cela est également envisageable...

Faites comme bon vous semblera...


Certains non blogueurs, mais néanmoins grands lecteurs, ont également envie de se lancer... Si l'envie vous prend d'écrire un texte ou un article pour nous faire partager votre parcours de lecture, je vous laisserai un espace d'expression sur ce blog, il suffira de m'envoyer vos articles que je publierai dans le cadre du défi lecture en mentionnant votre pseudo/prénom...

 

Pour l'occasion, un petit logo à afficher avec vos publications d'articles... Je compte sur vous pour relayer l'information sur la blogosphère... (Bah oui, faut au moins ça pour Mr Zola...) J'attends de vous nouvelles côté participations...

Défi Emile Zola

 

Accessoirement, je vous propose de rejoindre la Page FACEBOOK consacrée à mon blog, histoire de pouvoir suivre son actualité...

 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 07:00

Quelle étudiante en lettres passionnée par le XIXème siècle (et accessoirement passionnée par son professeur dix-neuvièmiste particulièrement séduisant...) n'a pas un jour tenu ce discours : " Il faut qu'avant telle date j'aie lu la Recherche , la fresque familiale des Rougon-Macquart ou la Comédie humaine...! " Oui, j'étais de cette catégorie... "Ah dès que je décroche ce fichu CAPES, je lis tout Proust ! Allez, c'est décidé je passe l'été en compagnie de Zola et je me garde Balzac pour l'hiver..."

Depuis cette étudiante a décroché le fameux concours, a découvert l'enseignement, métier qui la passionne de plus en plus chaque jour... Elle s'est rendu également compte que son métier, aussi passionnant soit-il, l'a aussi un peu éloignée de ce pour quoi elle vibrait : la littérature. Oui parce qu'elle les aime ses trolls comme elle le répète si souvent, mais force est de constater qu'après quelques années sur les planches dans sa salle B21, les classiques prennent un peu la poussière sur ses étagères...

  Mais il suffit parfois de presque rien, d'une soirée avec ses zamies et d'une conversation passionnante sur les grandes oeuvres littéraires pour réveiller les projets lectures délaissés... (non sans un souvenir nostalgique pour son fantasme de fac)

Alors voilà, c'est décidé, Proust attendra encore un peu, et Balzac ne m'en tiendra sûrement pas rigueur mais je vais aller me frotter aux Rougon Macquart... Bien évidemment, je vais faire faire ça dans les règles de l'art et lire les tomes dans l'ordre. (Que voulez-vous on ne se refait pas...) Dans l'idéal, il faudrait que je lise ça pour l'année prochaine, mais je me connais et sais que je suis bien incapable de tenir quel que délai que ce soit... Nous verrons bien en faisant le point d'ici là...

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e1/Zola_-_Arbre_g%C3%A9n%C3%A9alogique.jpg

Je fais donc ici la liste des vingt volets qui m'accompagneront tout au long de l'année...

En rouge, les titres que j'ai lus, en vert ceux que j'ai déjà dans ma bibliothèque. (des Folio bien évidemment...) Le reste est encore à acheter ( Elise si tu passes par là ça peut te donner des idées pour Noël ;) )

http://www.ifvienne.org/sites/default/files/images/emile%20zola.jpg

  • La Fortune des Rougon (1871)
  • La Curée (1872)
  • Le Ventre de Paris (1873)
  • La Conquête de Plassans (1874)
  • La Faute de l’abbé Mouret (1875)
  • Son Excellence Eugène Rougon (1876)
  • L’Assommoir (1877)
  • Une page d’amour (1878)
  • Nana (1880)
  • Pot-Bouille (1882)
  • Au Bonheur des Dames (1883)
  • La Joie de vivre (1884)
  • Germinal (1885)
  • L'Œuvre (1886)
  • La Terre (1887)
  • Le Rêve (1888)
  • La Bête humaine (1890)
  • L’Argent (1891)
  • La Débâcle (1892)
  • Le Docteur Pascal (1893)

Sachant que je n'ai lu que deux Zola :smileyquirougit: (oui, allez, conspuez-moi, fouettez-moi, je vous entends déjà dire que c'est honteux...) le projet risque de me prendre un certain temps...

J'ai toutefois gardé un excellent souvenir du premier tome La Fortune des Rougon ( Merci Ch.R...) j'ai lu Germinal et j'ai commencé  la Joie de Vivre . Bon bien évidemment je connais la trame narrative de nombreux autres Zola, sans parler des incontournables passages dont la réputation n'est plus à faire. Mais disons qu'à l'avenir, je ne serai pas obligée de passer par la phase " comment parler des livres que l'on a pas lus " comme le suggérait Monsieur Pierre Bayard dans son essai du même nom.

 

Si certains d'entre vous sont partant(e)s pour s'attaquer à cette aventure livresque, faites moi signe... Moi je m'achète La Curée [Edit: voilà c'est acheté] et je me lance aussitôt en inaugurant ma rubrique "On a une relation comme ça Emile Zola et moi" (modifiable pour ceux et celles qui veulent se lancer en "On a une relation comme ça Emile Zola Marcel Proust / Honoré de Balzac et moi")  dans laquelle vous pourrez suivre l'avancée de mes lectures...

 

A bientôt ! Et d'ici là bonne lecture...

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 09:00

http://www.french.pomona.edu/MSAIGAL/CLASSES/FR102/spring%202003/group5/aragon.jpg

C'est donc le grand Aragon qui nous accompagnera ce dimanche... Je n'ajoute pas de commentaire supplémentaire puisque le texte se suffit à lui-même...


 Il n'y a pas d'amour heureux...


Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
          Il n'y a pas d'amour heureux


Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
          Il n'y a pas d'amour heureux


Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
          Il n'y a pas d'amour heureux


Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
          Il n'y a pas d'amour heureux


Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
          Il n'y a pas d'amour heureux
          Mais c'est notre amour à tous les deux

 

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)

 Et pour le plaisir... Trois interprétations...

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 09:35


http://img.over-blog.com/240x180/2/72/86/97/Divers/CHALLENGES/LOGO-Les-citations-du-jeudi.jpg

 

Deuxième rendez-vous des citations du jeudi pour mon blog...


Un jeudi très agréable en perspective puisque le Beaujolais est à l'honneur sur mon lieu de travail...

Au menu : buffet et dégustation de vin (Quelle vie vraiment !) La citation du jeudi revient donc à Baudelaire... (oui je suis dans ma période rerererererererelecture de Baudelaire vous l'aurez sans doute remarqué...)

 

 

"Il faut être toujours ivre. Tout est là: c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
   Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront: "Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."
!"

Charles Baudelaire Le spleen de Paris.

 

Bonne journée à tous...


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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 09:00

http://www.peripheries.net/IMG/jpg/huston15.jpgPremier roman de cet auteur qu'on ne présente plus, ma "rencontre" avec cette oeuvre n'est pas étrangère avec ma reprise du piano et du solfège. Voilà un des premiers ouvrages sélectionné d'après les conseils de ma libraire autour de la thématique musicale... Je connaissais déjà Nancy Huston  de réputation (et pas seulement parce que son mari -Tzvetan Todorov - a marqué mes années de fac et de CAPES ) et il me tardait de découvrir un de ses livres. http://www.wordfest.com/07/2007/images/presskit/Huston_Nancy.jpg

"Les personnes dans l'assistance sont des êtres que j'ai aimés et que j'aime." Voilà, il est l'heure. Liliane prend alors place derrière son piano. Cette soirée est la sienne et aussitôt installée, ses doigts se baladent sur les touches noires et blanches... Autour d'elle, des invités qui l'observent et se laissent emporter par les célèbres Variations Goldberg de Bach. Chaque chapitre du roman va alors être un espace de "parole"; de "pensée" pour chacun des invités présents à cette soirée musicale. Proches, famille, connaissances, amis, amants, maîtresses... Tous réunis ici sans vraiment savoir pourquoi. Tous présents pour contempler l'artiste. C'est à travers le regard et les pensées de Liliane que le livre commence. Puis tour à tour, les invités poseront leur regard sur l'artiste et raviveront les souvenirs ou instants partagés avec elle. Folle passion, jalousie, nostalgie, incompréhension, regards attendris, indifférence, un florilège de sentiments et de sensations vont parcourir le roman, dressant alors de manière bien singulière un magnifique portrait de femme, plein de force et d'intensité. 

 

Je ne vous cacherai pas que j'ai mis un peu de temps avant de saisir la puissance de ce roman. D'abord emporté par les mots j'ai cru que j'allais me lasser et j'avoue avoir été à deux doigts de le laisser de côté. Je n'avais en effet pas saisi le principe des regards croisés sur Liliane et j'ai très vite perdu pieds face à la technique narrative adoptée. En effet, d'un chapitre à l'autre s'exprimait un "je" que je ne parvenais pas à saisir de par sa multiplicité.  De plus, les chapitres s'achevaient parfois sans même que la phrase soit achevée. Mais une fois la valse des regards lancée, j'ai fini par me laisser séduire par ce judicieux mélange des points de vue sur la jeune femme. Certaines évocations, sont réellement envoûtantes. Je crois que les passages qui m'ont le plus convaincue sont les portraits faits par les amants (des deux sexes confondus). Entre érotisme sous-jascent, passion latente, et nostalgie des corps, ces regards aimants parviennent à faire de Liliane une femme mystérieuse à l'aura exceptionnelle, sans pour autant passer sous silence ses faiblesses. De plus, Liliane n'est pas la seule à être "analysée" puisque le lecteur décèlera en chacun des narrateurs successifs des blessures, des envies, des désirs  qui ne lui seront pas étrangers et pour lesquels il se laissera aller à l'identification... Bref, une lecture que je vous conseille sans aucune hésitation.

 

Les pages cornées et traits de crayons...

 

" Music for a while, il y a un morceau de Purcell qui s'appelle comme ça. Music for a while, "la musique pendant un moment", je crois que c'est le morceau que je préfère au monde, je ne sais pas de quoi ça parle, je ne comprends pas très bien l'anglais, mais c'est très lent et très poignant et ça dit qu'on a le droit de s'occuper seulement de la musique de temps en temps. Pas tout le temps, mais pendant un moment [...] qu'on peut simplement fermer les yeux et ouvrir les oreilles pendant un moment. C'est très beau ce mot anglais while parce que c'est indéfini comme durée : un certain temps c'est à dire justement un temps incertain et ça me donne envie de pleurer parce que ce sont les seuls moments, pendant la musique et pendant l'amour où le temps est suspendu, où il n'est plus compté, où il s'écroule et je suis prise toute entière par ce qui m'arrive pendant son écoulement : la jouissance musicale ou la jouissance amoureuse. " Myrna


" L'amour et la musique. Pour eux et pour eux exclusivement j'accepte de perdre du temps. Parce que ce sont des domaines hors langage. L'un et l'autre tentent de dire quelque chose mais l'un et l'autre s'épanouissent entièrement dans cette tentative, cette intention de dire... Ils sont tributaire sdu langage mais simultanémenent en deçà et au-delà de lui. Il sont malgré tout par définition, circonscrits dans le temps. On ne peut pas baiser indéfiniment, et chaque pièce de musique a un début et une fin. Je suis sécurisé parce que je sais d'avance que l'évanouissement du langage sera temporaire. Ainsi, plutôt la Recherche du temps perdu, ce concert serait la recherche de la perte de temps ? " L'écrivain.

 

" Je ne peux qu'espérer que les différentes exigences de ta vie actuelle -notre relation, ton travail au journal- te permettront de briser peu à peu les liens qui te rattachent encore à un passé révolu. Passé lointain et proche aussi. Je sais les souvenirs d'enfance et les amitiés d'adolescence sont pour beaucoup dans ton entêtement à ce sujet. Mais ce sont, là aussi, des anachronismes et je suis persuadé que tu sauras te débarrasser de leur poids car je tiens à ce que tu sois libre et légère... " Manuel

 

" Manuel, Manny. Mon petit homme. Il y a des choses qui échappent aux carreaux de ta grille. Quand tu m'embrasses les seins, comment penser aux conditions économiques de ce qui se produit là : l'amour ? Même sur ça tu voudrais avoir prise : tu écris sur les rapports sexuels sous le capitalisme, tu analyses la phallocratie comme rejeton des valeurs bourgeoises, tu me donnes à lire Engels et les freudo-marxistes modernes. Manny, je voudrais que tu m'aimes avec mes maladresses et mes faiblesses. Que tu cesses de me voir comme une personnes "sauvable"... " Bibi

 

 L'instant musical...

Pour clore cet article, un petit instant musical autour des Variations Goldberg qui m'a semblé incontournable... Cette homme me fascine littéralement. J'aime sa manière de jouer, comme possédé par  les rythmes et les notes... J'ai dû lire ce livre en écoutant des dizaines de fois ce morceau. Prenez le temps d'écouter cet extrait à l'occasion...

 

 

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 10:09

http://sourcevoyance.com/images/Baudelaire%201.jpg

Comme le laissait entendre le TAG de mes quinze auteurs de prédilection, Baudelaire est un des poètes que je pourrais lire et relire inlassablement. C'est donc vers lui que s'est orienté mon choix pour ce dimanche poétique...

Et pour accompagner ce texte, une oeuvre de Magritte que j'affectionne particulièrement et une version audio du poème de Baudelaire par Monsieur Reggiani.

 

http://www.screenhead.com/images/2006/06/Magritte_-_Les_Amants.jpg


La mort des amants

 

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes. 
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.


Serge Reggiani - La mort des Amants
envoyé par oggys. - Films courts et animations.
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