Au fil des pages, mon univers se construit. Des livres, quelques clichés, des envies d'ailleurs, des rendez-vous dans les salles obscures et des instants musicaux.Bienvenue au milieu des livres...
C'est entre "deux portes", en "coup de vent" que j'ai reçu ce joli présent de ma petite soeur Elise. Elle connaît mon affection toute particulière pour le travail de Thomas Scotto et savait qu'elle ne commettrait pas d'impairs en choisissant sa dernière publication dans notre librairie favorite... C'est donc enroulée dans ma couette, cet album dans une main et un mug de thé russe dans l'autre (ok, je vous l'accorde tourner les pages devient vite une entreprise périlleuse...) que j'ai fait la rencontre de M.Wilson, un vieil homme somme toute comme les autres.
C'est une journée de braderie et ce vieux monsieur, attachant à souhait sous les talentueux coups de crayons de Peggy Nille, prend place pour proposer ses "biens" aux chineurs de passage. Une vente bien singulière puisque M.Wilson vend ses souvenirs. Les exposer aux yeux des passants fait naître chez lui ce sourire d'une tendresse incroyable, et lui permet
de renouer avec un passé heureux ou plus triste : voyage dans le désert pour l'anniversaire de son épouse, soirée aux bras de sa femme pour un sensuel tango, remise de diplôme, départ pour le front... Avec nostalgie, il profite de cette vente incongrue pour réveiller un passé enfoui au fond de sa mémoire. Mais, une fois réalisées, ces transactions qui ravissent tous les clients de monsieur Wilson font disparaître de sa mémoire ces moments de vie qui n'ont finalement de valeur inestimable que pour le vieil homme et ses proches. Car au milieu de la foule arrive une petite fille rousse qui vient vite constater l'avancée de la vente. C'est la petite-fille de M.Wilson, et quelle n'est pas sa surprise quand elle trouve la vieille table vide de tous les vieux objets qu'elle s'attendait à trouver en ce jour de braderie.
| "Alors papy, t'as vendu quoi finalement ? - J'ai... - Ton poste de radio, je suis sûre ! Non ? Ta canne à pêche alors ! Tu t'en sers jamais ! - Non... j'ai...enfin... oui, je me suis débarrassé de certaines choses. [...] - De quoi alors ? - De quelques souvenirs que j'avais avec ta grand-mère... - Des souvenirs avec qui ? - Eh bien... ta grand-mère... - J'connais pas. Un horrible frisson parcourut monsieur Wilson. La voix de sa petite résonnait comme un sifflement douloureux." |
En effet, si sa vente si originale a eu un succès incroyable, cette conversation avec sa petite fille lui fera prendre conscience de la bêtise de sa décision. Pourquoi vendre tous ses souvenirs alors qu'ils sont si précieux pour cette petite rousse qui ne sait rien de sa grand-mère ? Pourquoi ne pas partager avec elle un peu de son/leur histoire ?
C'est encore un texte toute en poésie et ô combien émouvant que nous offre Thomas Scotto. On se régale avec ses personnages aussi touchants que sympathiques et on savoure comme une précieuse gourmandise ses albums où il sait le quotidien des gens. Qu'il nous parle d'amour tendre entre deux jeunes amoureux qui attendent l'un après l'autre ou d'amour familiale dans ce merveilleux album, monsieur Scotto sait encore une fois trouver les mots justes et offre à chaque nouvelle publication ses lettres de noblesse à la littérature jeunesse trop souvent, et à tort, décriée ou malmenée... La taxer de manquer de profondeur ou de "suvoler" les choses est souvent l'argument un peu facile qu'on met en avant, par mépris ou méconnaissance de cet univers. Or, ce genre d'album nous ravit et nous prouve littéralement le contraire. Il va d'ailleurs faire un petit détour par la bibliothèque de ma salle de cours pour que mes trolls puissent le savourer à leur tour. Hélène, si tu passes par ici, tu peux ajouter ce titre à la commande du CDI, tu sauras l'apprécier sans aucun doute ! (Et tu ne seras pas la seule...)
Une autre envie de Scotto ? C'est ici : Rendez-vous n'importe où... de T.Scotto et I.Monchy
Encore merci à mon Elise, des cadeaux comme celui-ci, j'en redemande !
Nouvelle étape pour le Challenge d'Hérisson
5e /20
