Au fil des pages, mon univers se construit. Des livres, quelques clichés, des envies d'ailleurs, des rendez-vous dans les salles obscures et des instants musicaux.Bienvenue au milieu des livres...
"Je suis veuf. Sylvie est morte le 12 novembre.
C'est bien triste.
Cette année, on n'ira pas faire les soldes ensemble".
Un nouveau venu sous la plume de Jean-Louis Fournier. Incontestablement, il s'agit là d'un livre que l'auteur n'aurait jamais voulu écrire, puisque la mort a subitement emporté sa femme et qu'il se voit le malheureux narrateur de son livre au titre on ne peut plus clair.
Habitué aux sujets difficiles (alcoolisme, handicap...), Jean-Louis Fournier a le don de dédramatiser la situation en usant de l'humour, prouvant brillamment que l'on peut rire de tout. Sa plume acérée pose un regard parfois féroce sur le monde et ses mots peuvent parfois déranger. J'avoue avoir tout de suite fait partie de celles qui aimaient ses mots, certes déconcertants mais souvent très justes. Ici, la douleur est immense, et si malgré tout, la perte de l'être aimée l'ampute de sa raison d'être, il souhaite la faire exister encore et encore par le biais de l'écriture. Si humour noir et cynisme sont habituellement ses maîtres-mots, j'ai trouvé ce livre bien plus triste que ses autres ouvrages. (Même si l'auteur s'en défend et espère en faire un livre joyeux.) On retrouve ce décalage propre à l'auteur entre la réalité difficile relatée et les petits commentaires drôles à souhait, glissés ici et là, imperceptiblement au fil des lignes. Toutefois la peine est moins facilement dissimulée, révélant la sensibilité certaine de l'auteur mais l'immense douleur laissée par l'absente. Ainsi, il partage la vision de Prévert pour affirmer à son tour qu' "on reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va." Comme à son habitude, si une page nous fait rire ou sourire, les larmes et l'émotion nous gagnent à la page suivante. Bref, C'est encore un joli titre que nous offre cet auteur qui ne cesse de m'interpeller. Un bel hommage à l'être aimé,son tendre amour, celle qui a fait le choix (difficile ?) de passer le reste de sa courte vie avec lui. Dans un autre registre que mon livre adoré Lettre à D: histoire d'un amour de Gorz, Veuf est à mes yeux, plus qu'un adieu ou un au-revoir, surtout une magnifique déclaration d'amour comme on en fait rarement. Un livre à savourer, en pensant ce que nous serions sans cet "Autre" qui a partagé des années de votre vie.
" Tu n'aurais certainement pas aimé que j'écrive un livre sur toi. Je t'en avais menacé une fois, à une époque où je ne pensais pas le faire. D'abord, ce livre n'est pas sur toi, il est sur nous. Je l'écris pour nous refaire vivre ensemble. Dans les livres, il n'arrive que ce que veut l'auteur, c'est lui le patron, ce n'est pas comme dans la vie. Tout ce que les machines compliquées de la Salpêtrière n'ont pas réussi à faire, moi je le fais avec des mots. Je te réanime."
A l'occasion, lisez également Où on va Papa ?
Il a jamais tué personne, mon papa !
Challenge rentrée littéraire : 6/7
